improve alexa rank improve alexa rank
Actualités, Avis de décès

L’affaire du petit Tony, trois ans et battu à mort, devant la justice

Le drame se déroule en huis clos. En plusieurs actes aussi. Le 26 novembre 2016, vers 15 h 30, les sapeurs-pompiers de Reims reçoivent l’appel d’une maman de 19 ans qui indique que son fils de 3 ans a perdu connaissance après une chute. Arrivés dans l’appartement de la jeune femme, les pompiers découvrent un petit garçon dans un état « particulièrement grave ». Alors qu’ils tentent de réanimer l’enfant, les secouristes découvrent sur son corps de nombreux hématomes et décident d’aviser les services de police. Tony, né en avril 2013, est transporté aux urgences pédiatriques du CHU de Reims, où un médecin remarque à son tour des traces de coups de poing au ventre. Le petit Tony décédera à peine quelques heures plus tard.

À l’hôpital, une des médecins, responsable de la cellule maltraitante pédiatrique de l’hôpital, fait part aux enquêteurs de la « vraisemblance » de violences perpétrées sur le petit garçon. Il présente en effet des hématomes au niveau de la tête, du dos, de ventre, des bras et des membres inférieurs. Les marques datent de « deux ou trois jours » selon son rapport. L’autopsie démontre de son côté que la mort de l’enfant est due à un éclatement de la rate et du pancréas dû à des coups de poing violents portés au niveau de l’abdomen.

Insultes, gifles et coups de poing

Un peu plus de quatre ans plus tard, le beau-père et la mère du petit garçon comparaissent à partir de ce lundi devant les assises de la Marne. Le procès, qui devait initialement se tenir en février 2020, avait été renvoyé en raison de la grève des avocats. Accusé de « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité », Loïc V., 24 ans à l’époque des faits, encourt trente ans de réclusion criminelle. Placée sous contrôle judiciaire, son ex-compagne, Caroline L., la mère de Tony, est poursuivie pour non-assistance à personne en danger et risque cinq ans d’emprisonnement.

L’enquête va permettre de découvrir le climat d’extrême violence qui s’était installé dans l’appartement du jeune couple quelques mois avant la mort du garçonnet. Les insultes, les gifles et les coups de poing étaient devenus le quotidien du petit Tony, véritable « souffre-douleur » de son beau-père, depuis que celui-ci s’était installé en septembre 2016 dans l’appartement de Caroline L. Lors de sa première garde à vue, la mère de Tony avait d’abord tenté de minimiser les faits avant de reconnaître que son compagnon avec lequel elle vivait depuis trois mois frappait son fils quasi quotidiennement. Il faudra plusieurs auditions pour que Loïc V., condamné sept fois pour des faits de violence par le passé, reconnaisse finalement avoir été violent avec Tony.

De nombreux témoins

Dans cette affaire, ce n’est pas seulement les agissements du beau-père de Tony qui posent question. Car le huis clos familial et mortifère de trois mois ne s’est pas déroulé sans témoins. Les juges ne manqueront pas d’interroger le silence de la première d’entre eux : la mère. Présentée par les experts comme immature et sous l’emprise de son compagnon, elle n’a jamais dénoncé les coups, expliquant a posteriori qu’elle craignait des représailles de la part de son compagnon. Mais l’enquête a également démontré que l’entourage familial et amical était au courant des violences subies par le petit garçon.

Elle connaissait la violence de cet hommeMartine Brousse, présidente de la Voix de l?Enfant

Martine Brousse, la présidente de l’association la Voix de l’enfant, qui s’est constituée partie civile dans ce procès, s’interroge : « Comment se fait-il que ce petit n’ait pas été protégé ? » Malgré les nombreuses interrogations et inquiétudes formulées par les grands-mères maternelle et paternelle du petit ? comme en attestent les multiples SMS envoyés à Caroline L. ?, personne n’a jamais prévenu la police ou les services sociaux. « Une amie de la mère a été en colocation avec le couple pendant un temps, dans l’appartement. Elle connaissait la violence de cet homme », dit Martine Brousse au Point, avant d’ajouter : « On ne comprend pas comment ces personnes ne se sont pas donné les moyens de protéger le petit Tony. » Dans ces conditions, l’association estime que d’autres personnes auraient dû être renvoyées pour « non-assistance à personne en danger ».

« Tout le monde dans l’immeuble a, à un moment, entendu Tony pleurer »

Au-delà de l’absence de réaction de la famille et des proches, le silence des voisins du couple a également été pointé du doigt par le procureur de la République dès le début de l’affaire. « Si les services de police avaient été alertés par le voisinage, cet enfant aurait pu passer la Noël 2016 », avait déploré Matthieu Bourrette lors d’une conférence de presse. En octobre 2019, un des voisins a d’ailleurs été renvoyé pour « non-dénonciation de mauvais traitement » devant le tribunal correctionnel de Reims. Si la mère de Tony a expliqué ne pas avoir osé dénoncer son compagnon parce qu’elle avait « peur de lui », il semblerait qu’elle n’était pas la seule à craindre cet homme violent, décrit comme un consommateur important de drogue et d’alcool. Selon leurs témoignages, plusieurs voisins auraient effectivement subi de nombreuses menaces de sa part.

Devant les enquêteurs, Jonathan L., le voisin du couple, qui sera plus tard renvoyé devant le tribunal, avait confié que, régulièrement, vers 7 heures du matin, il pouvait entendre Loïc V. crier sur Tony à travers les murs. Il aurait notamment décelé un « ta gueule ou je te mets la gueule dans la pisse », avant de percevoir des coups puis des pleurs de l’enfant. « Tout le monde dans l’immeuble a, à un moment, entendu Tony pleurer », a affirmé le président du tribunal lors du procès de Jonathan L., citant les témoignages de plusieurs voisins, comme pour indiquer que le prévenu n’était pas le seul « responsable ». « Je ne pouvais pas imaginer ce qui se passait », s’est défendu Jonathan L. « On ne savait pas. On ne le supposait même pas, c’était inconcevable », avait-il aussi déploré. Jonathan L. avait finalement été relaxé à l’issue de son procès. Il sera cette fois entendu en qualité de témoin. Le procès de Loïc V. et Caroline L. doit durer jusqu’au 4 février.

Laisser un commentaire

improve alexa rank
%d blogueurs aiment cette page :